Jacques Darras

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Jacques Darras - Poète français qui a écrit sur Noyon et la Picardie

Vivre Noyon : Vous êtes né en Picardie et après une longue carrière et une vie très dense, vous y habitez encore. Quel regard portez-vous sur la Picardie et pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

  • Jacques Darras : C’est une région en transition, on le sait, depuis le projet de réforme administrative récemment annoncé, mais qui peut aborder cette nouvelle étape sans complexe. Et cela grâce au travail effectué dans la petite cinquantaine d’années depuis sa création. La Picardie a en effet retrouvé son âme, terme que je préfère à celui « d’identité » trop souvent galvaudé par l’usage. Pour moi, en effet, la Picardie dépasse en quelque sorte la Picardie, par la réserve d’histoire et de littérature qu’elle a accumulée au cours des siècles. Fort peu de régions françaises ont en effet produit autant d’écrivains, donc de récits, en continuité depuis le Moyen Âge, sans parler des monuments qui la jalonnent (cathédrales, châteaux etc. J’avais suggéré presque en plaisantant il y a quelques semaines où se discutait la réforme administrative une jonction « pétillante » de la Picardie et la Champagne. Que le bruit des explosions soit celui des bouchons et plus des canons m’apparaît l’augure d’une bonne humeur et d’une convivialité contagieuses.

VN : Il y a plus de 10 ans, vous avez écrit un recueil de poésie suite à une visite de Noyon. Quel souvenir ou quelle anecdote pouvez-vous nous raconter à propos de Noyon ?

  • JD : Je ne vous cacherai pas que les scores du Front national dans les années 80 à Noyon m’avaient littéralement secoué. Plutôt que la vitupération à l’égard des électeurs frontistes j’avais choisi de me rendre sur le terrain pour y pratiquer l’auscultation. Moins comme un sociologue que comme un poète médecin-urgentiste de la poésie, en somme, les poètes se contentant trop souvent à mon gré d’aménager leur tour d’ivoire. À mon tour d’y voir, au contraire. Je vins donc à Noyon prendre le pouls de la ville et constater les raisons de son hyper- ou hypo-tension, selon qu’on jugera. J’y rencontrai le maire d’alors, tragiquement disparu depuis, qui me frappa par sa sensibilité. J’y rencontrai l’entrepreneur et résistant Max Brézillon. J’établis un diagnostic « diachronique » de la ville depuis sa fondation par les Romains. Comment ce berceau de contestataires comme Calvin et Babeuf avait-il pu sombrer dans une apathie « réactionnaire » aussi déprimante ? Il semble que Noyon se soit ressaisie depuis, qu’elle ait retrouvé entreprises et fierté. Plaisir de vivre et d’être dans la continuité de ses origines, catholicisme, protestantisme, révolution et immigration confondus. Se connaître et s’aimer dans la durée demeure pour moi le secret du respect de soi et des autres, pour une ville comme pour un individu.

Derniers livres parus Je sors enfin du Bois de la Gruerie (éditions Arfuyen) Voyage dans la couleur verte (Éditions du Labyrinthe)

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