L’Hôtel Arnette de La Charlonny

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Inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques le 14 avril 1951, l’hôtel est racheté par la municipalité en 1983 pour y abriter le Conservatoire de musique Pascal de l’Estocart.

Le nom de l’hôtel

Lucien Arnette, né à Paris en 1878, est avocat à la cour d’appel de Paris. En 1904, il épouse la noyonnaise Marie-Thérèse Delacharlonny et devient ainsi propriétaire de l’hôtel.Il s’anoblit en décomposant le nom patronymique de sa femme. Docteur en droit, il choisit comme sujet de thèse « De la responsabilité des propriétaires d’automobiles ». Fervent défenseur de la bicyclette et de l’automobile, il reçoit à Noyon son ami André Citroën qui envisage d’y construire une usine. Membre de la Société Historique et Archéologique, il s’intéresse à la vieille cité noyonnaise et fait paraître en 1905 un « Guide de Noyon et de ses environs ». Mobilisé en 1914, bien que simple Lieutenant, il est chargé de réorganiser le service de santé de la 4° Région Militaire. A son retour de guerre, il part vivre à Aix-en-Provence, sa demeure noyonnaise ayant été endommagée par les bombardements. Après son décès, le 25 décembre 1956, son fils Louis Arnette, sa belle-fille Yvonne Des Grées Du Lou et leurs enfants seront les derniers propriétaires privés de l’hôtel.

Avant l’hôtel…

Une maison à l’enseigne du « Grand Treillis » est attestée dès 1388. Ce nom proviendrait des grilles entrelacées qui protégeaient les fenêtres. La maison paraît avoir eu une étendue considérable puisqu’elle occupait tout l’emplacement de la propriété actuelle à l’exception de la poissonnerie municipale. Ce bassin, attesté dès l’année 1260, était alimenté par un bras de la rivière Verse puis se déversait dans un abreuvoir destiné aux chevaux. La maison du Grand Treillis, dont l’organisation interne n’est pas connue, est détruite lors du premier sac de Noyon de 1552. Le terrain est ensuite divisé et occupé par plusieurs petits logements ou boutiques. Il existe notamment une maison à l’enseigne « le Dieu de Pitié » bâtie à l’angle des rues Saint-Maurice (de Paris) et de la Poissonnerie (des Tanneurs). Deux autres propriétés sont également identifiées le long de la rue de la Poissonnerie : la maison des maîtres de poste puis la maison dite du « Pont-Rouge » appartenant au sieur Achez, curé de Saint-Jacques.

Acquisition et construction

Vers 1770, Louis-Charles Aubrelicque de Ronquerolles, avocat au parlement, achète les maisons de la rue de Paris et de la rue des Tanneurs, à l’exception de celle du « Dieu de Pitié ». Sa propriété s’agrandit encore par une délibération du corps de Ville (maire et éche-vins) du 21 janvier 1772 qui lui abandonne le bassin à poissons. Moyennant un surcens perpétuel de 20 livres, il a pour charge de combler le bassin et d’assurer l’alimentation en eau propre de l’abreuvoir. Dans le même temps, il démolit la maison des maîtres de poste et fait bâtir son hôtel vers 1772-1773. L’édifice présente une disposition classique, avec corps de logis principal entre cour et jardin. Les deux ailes en retour d’équerre (plan en U) forment la cour d’honneur dont le caractère monumental est renforcé par l’absence d’ornements et la sévère modénature des façades, seulement animées par des pilastres colossaux à refends. Du côté du jardin, l’avant-corps central est souligné par un perron et par un fronton triangulaire. Au cours du XIXe siècle, l’hôtel change plusieurs fois de propriétaire au grès des ven-tes et des alliances matrimoniales. La modification la plus importante, antérieure à l’établissement du cadastre de 1832, concerne l’aile droite, prolongée d’un bâtiment d’un seul étage. Quelques mois avant la déclaration de guerre de 1914, le propriétaire Lucien Arnette rajoute un second étage à ce bâtiment mais n’a pas le temps de réaliser les aménagements intérieurs.

Pendant la guerre

Du 26 au 28 août 1914 , l’hôtel est le siège temporaire de l’Etat-Major du Maréchal John French, commandant en chef de l’armée anglaise. Le 30 août 1914, l’armée allemande entre dans Noyon et son Etat-Major s’installe également dans l’hôtel transformé en Kommandantur. Le mur de l’hôtel, côté rue des Tanneurs, porte encore une inscription en allemand : « Entlautzung Zentrum für Menschen » (centre d’épouillage pour humains). En mars 1917, avant leur retraite, les allemands dynamitent les rues et, comme tout le quartier, l’édifice subit une inondation. Durant la bataille de Noyon de mars à septembre 1918, l’hôtel est endommagé par les bombes mais ne brûle pas. En revanche, l’épicerie buvette d’Eloi Liégeois, installée dans l’ancienne maison du « Dieu de Pitié » est détruite.

Dommages de Guerre et Reconstruction

A l’issue de la guerre, les dommages subis par la famille Arnette sont de nature diverse et doivent faire l’objet de déclarations distinctes selon des catégories définies par l’administration. Ainsi, la première catégorie de dommages concerne les réquisitions, prélè-vements en nature, impôts, contributions, amendes. A ce titre, Lucien Arnette peut prétendre au versement d’une indemnité de 18 000 francs (valeur 1914) pour l’occupation de son hôtel par les allemands pendant trois ans.

La deuxième catégorie de dommages se rapporte aux biens mobiliers enlevés, détériorés ou perdus. Si une partie des valeurs bancaires (bons, actions, obligations) et des objets précieux est restituée à Lucien Arnette en avril 1919, la destruction des biens mobiliers demeure néanmoins considérable puisque l’estimation des dégâts s’élève à 168 751,50 francs en valeur de 1914 (soit 573 496 francs en valeur de 1920). La déclaration de dommages de guerre, établie le 21 mars 1920, comprend une liste par catégories d’objets disparus ou détériorés. Long de 42 pages, cet inventaire reflète la richesse de l’ameublement de l’hôtel à la veille de la guerre.

Extrait de l’inventaire des dommages mobilier de l’hôtel Arnette Delacharlonny (les chiffres correspondent aux valeurs en francs de 1914 et 1920)

Dès septembre 1919, Lucien Arnette établit le dossier de dommages de guerre pour ses biens immobiliers, constituant la troisième catégorie fixée par l’administration. C’est l’architecte expert G. Moreau, désigné par le Préfet qui dresse le procès-verbal de constat de dommages de guerre. Il répertorie et localise précisément les dégâts : brèches et trous dans les maçonneries, fenêtres et portes ôtées, cheminées arasées, fermes de charpentes brisées, gouttières arrachées, ardoises enlevées, revêtements de murs détériorés… Le constat de dégradation s’étend également aux deux jardins de l’hôtel (devis de l’architecte paysagiste R. Lanté) et aux monuments funéraires du cimetière.

Le devis estimatif des travaux, réalisé par l’architecte parisien J. Saunière, s’élève à 290 511,41 francs en valeur 1914. Le choix se porte alors sur une restauration à l’identique, avec pour la maçonnerie, la pierre de Vassens et pour la couverture, l’ardoise de Fumay. Les blocs de pierre encore utilisables sont remployés pour la réfection du mur d’enceinte et le rebouchage des trous. Les travaux de gros-œuvre (maçonnerie, charpente, couverture…) sont réalisés en 1920. La destruction de la maison d’Eloi Liègeois, à l’angle des deux rues, permet à Lucien Arnette d’acquérir le terrain et d’agrandir ainsi la cour à l’est. Le mur d’enceinte est refait dans le respect du plan d’alignement ainsi que l’indique le pan coupé. Les travaux de reconstruction sont également l’occasion d’améliorer l’ornementation de l’hôtel : le balcon de l’aile droite et le fronton triangulaire de la façade sur jardin s’ornent à cette époque d’un décor sculpté.

Autres dommages

L’occupation de l’hôtel par les allemands constitue également un dommage quantifiable.

A l’exception de l’aile droite, les bâtiments ont été relativement épargnés en comparaison des autres maisons de la rue de Paris. Les principaux travaux de réparation vont d’ailleurs se porter sur ce secteur : il faut combler la cave de la maison détruite, niveler le sol, refaire un mur d’enceinte, réparer le second étage de l’aile droite dans lequel s’ouvre un trou béant etc.…

Le mur d’enceinte

Les travaux sont soigneusement menés car il est aujourd’hui très difficile de percevoir les reprises de constructions sur le mur à l’angle des deux rues. Le pan coupé actuellement visible, caractéristique de la période de la Reconstruction, est pourtant le témoin d’importantes modifications de la maçonnerie. L’aile droite

Seuls quelques murs portent encore la trace des anciennes constructions qu’ils ont supportés. C’est notamment le cas pour le pignon de l’aile droite et pour le mur de limite de propriété à l’ouest. Agrandissement des deux fenêtres du second étage et percement d’une porte-fenêtre, balcon et sculpture sur le pignon. Le corps principal

Pour le corps principal de l’hôtel, outre les réparations nécessaires (volets arrachés, blocs de parement déchaussés).

Contacts

Services municipaux

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Direction des Affaires culturelles - Service Archéologique et des monuments historiques