Rue Corbault, chevet de la cathédrale

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Après le parvis et de la rue de l’évêché, le projet du pôle patrimonial s’est attelé à la rénovation se la rue Corbeau, des abords du chevet de la cathédrale et du Square Grospiron. A cette occasion, le service archéologique de la ville de Noyon a pu suivre les travaux et faire des observations (chevet et rue Corbeau) mais a en outre pu réaliser de véritables fouilles.

Le rempart gallo-romain rue Corbeau

Le tracé du rempart gallo-romain (fin du IIIe, début du IVe s.) de la ville de Noyon est bien connu. Il est possible d’en voir de considérables vestiges derrière le musée du Noyonnais, dans la crypte de l’hôtel du Cèdre et dans les caves de certaines maisons canoniales qui bordent le parvis. On savait en outre que pour construire la cathédrale actuelle, au XIIe siècle, les Noyonnais avait dû demander permission au roi de France de détruire une partie du rempart encore intact pour réaliser le chevet, à l’est. Ainsi, puisque le rempart est encore visible au sud et qu’il passe sous le transept de la cathédrale on avait pu déduire son tracé au nord qui devait passer sous la rue Corbeau. Ce ne fut donc pas une surprise que de la mettre au jour dans cette rue à l’occasion de la réalisation d’une tranchée d’évacuation des eaux pluviales. Mais l’intérêt de cette découverte est que nous connaissons désormais l’emplacement exact du rempart au nord de la cathédrale : il est d’ailleurs situé un peu plus à l’ouest qu’on ne l’avait supposé. Il passe exactement sous l’arche de la rue Corbeau et comme celle-ci existait au Moyen Age, il est permis de supposer qu’elle fut construite délibérément sur le rempart dont elle imite les dimensions et l’orientation, afin de s’en servir comme fondation. D’autre part, nous avons pu observer que le rempart apparaît à environ -0.5m sous le niveau de la voirie actuelle, ce qui est très peu profond et qu’il est très bien conservé. Il faut imaginer qu’il en reste 4 à 6m sous terre comme dans la crypte de l’hôtel du Cèdre.



Vous pouvez désormais voir le tracé de l’ancien rempart dans la rue corbeau car celui-ci a été représenté sur la chaussé par des pavés différents de ceux de la rue.



Le cimetière de l’âtre Notre-Dame derrière le chevet de la cathédrale

Des sources très claires indiquaient l’existence d’un cimetière paroissial autour du chevet de la cathédrale, ayant probablement servi du Moyen Age au XVIIIe s. Cependant, aucune observation n’avait jamais été faite. C’est en creusant des tranchées de canalisations que les ouvriers de la SCREG ont mis au jour un premier squelette avant de prévenir l’archéologue municipale qui a alors suivi le reste des travaux. Les sépultures les plus hautes se situent à 0.6m du niveau du sol actuel, ce qui correspond à la profondeur minimale à laquelle on pouvait ensevelir les défunts. Malheureusement, la tranchée étant très étroite, quasiment aucun squelette n’a pu être observé en entier. En outre, la pelle mécanique en a disloqué un grand nombre. Cependant, de nombreuses observations ont pu être faites :

  • Les ossements sont bien conservés.
  • Les corps ont la tête à l’ouest, comme le veut la tradition chrétienne, sauf certains qui semblent avoir la tête disposée en fonction du chevet ce qui n’est pas non plus étonnant : il s’agit de se rapprocher du sanctuaire.
  • Aucun sarcophage en pierre n’a été trouvé sauf une encoche céphalique (sorte de pierre creusée pour poser la tête). L’étude des sépultures a mis en évidence des traces de bois et des clous ce qui indiquent la présence d’un cercueil. Pour le reste, soit les morts étaient enterrés en pleine terre, soit le bois a complètement disparu.
  • Aucun mobilier n’a été trouvé, ce qui est normal pour des sépultures de cette époque (on ne croit plus qu’on aura besoin de nourriture ou d’objet dans l’au-delà). Cependant, plusieurs vases à encens ont été trouvés : il s’agit de petits vases globulaires où l’on faisait brûler de l’encens lors des funérailles et qu’on laissait dans la tombe. Ces vases sont troués de petits orifices et il y restait encore des cendres. Cette tradition perdure du Moyen Age à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe), mais en raison du type de pâte céramique, ceux qui ont été trouvés étaient en majorité du XVIIIe s ;, ce qui n’est pas étonnant, puisque ce sont les sépultures les plus hautes donc les plus récentes.
  • On a observé à plusieurs reprises des « réductions » : en effet, lorsque l’on enterrait quelqu’un et qu’on mettait au jour un ancien squelette au même endroit, les os de ce derniers étaient rassemblé en un petit tas à côté du nouveau défunt. Ceci est très fréquent dans les cimetières qui ont servi sur de longues périodes, surtout lorsque l’espace manque comme dans les villes. Cela dénote en outre qu’il ne devait rester aucun marqueur des anciennes tombes (pierres tombales ou croix).

Les ossements sont en cours d’étude. La moitié environ a déjà fait l’objet d’un rapport par Aurélie Richard, archéologue vacataire pour la ville de Noyon. C’est l’occasion de déterminer le sexe et l’âge de ces anciens noyonnais. Bien sûr, vu la taille de notre échantillon, ce n’est pas représentatif de la population. Cependant aucun enfant n’a été trouvé. Les os et les dents nous apprennent en outre beaucoup sur le mode de vie de nos ancêtres. Ainsi, on constate un grand nombre de caries non traitées, ainsi que des dents perdues mais l’état sanitaire des dents n’était pas catastrophique ce qui signifie que la population enterrée ici n’était pas trop défavorisée (les « stress » comme la malnutrition et les maladies laissent des traces visibles sur les os et les dents). Des pathologies ont pu être observées comme une série de vertèbres enkystés, comme collées les uns avec les autres, et des fractures guéries mais mal remises en place.
Ainsi si un jour les archéologues avaient l’occasion de fouiller toute la parcelle en profondeur et en largeur, ils pourraient raconter l’histoire de la population de ce quartier du Moyen Age au XVIIIe s, en découvrant leur espérance de vie, leurs maladies graves, leurs blessures de guerre etc.



Une longue histoire sous le square Grospiron

Le Square Grospiron, devant le musée du Noyonnais, fait l’objet d’un ambitieux projet de réhabilitation et d’adaptation au public handicapé qui a suscité la réalisation d’une fouille archéologique avant les travaux. En 2002, lors de la construction des toilettes publiques, une opération archéologique avait déjà révélé des découvertes et la localisation du square dans l’ancienne ville gallo-romaine, au cœur du quartier épiscopal (c’est-à-dire de l’évêque de Noyon), laissait présager la présence de vestiges archéologiques très importants.

Grâce à la place centrale du site, aux nombreux articles de presse, à la journée porte ouverte de janvier et au reportage de France 3 Picardie qui en a découlé, les Noyonnais ont pu suivre un peu le cours des nouvelles découvertes. Maintenant que tous les vestiges sont retournés sous terre, il est temps de présenter brièvement ce qui en est ressorti. Nous allons donc, comme les archéologues, aller de haut en bas, c’est-à-dire remonter le temps.

  • Au sud du Square, le long de la rue de l’évêché, se situent les vestiges les plus récents. En effet une série de bâtiments en pierre, alliant parfois la brique, datent des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Les anciennes photos et les plans indiquent l’existence de ces bâtiments, en prolongement de l’aile du musée. Plusieurs salles ont pu être individualisées et l’une a particulièrement attiré l’attention de des passants car elle possédait encore un escalier et on y a découvert… des bouteilles intactes ! C’est la raison pour laquelle nous l’avons surnommée « cave », mais nous n’en avons pas de preuve. Le reste de la salle, comme une grande partie de tout le jardin, était comblée de très épais remblais de brique, pierres et mortier qui témoignent des démolitions de la guerre de 14 et du nivellement du sol lié à la reconstruction sur ces remblais.

  • Une série de murs en pierres datant du bas moyen age (XIIe-XVe) quadrille le site. Cependant, beaucoup sont tellement détruits qu’il est difficile d’en connaître la nature : il n’en reste que quelques assises et surtout des portions souvent trop petites pour établir des connections entre eux. Néanmoins la vue générale d’en haut permet de reconnaître une certaine organisation que nous tâcherons d’éclaircir. De la même époque date un véritable mille-feuilles de sols construits les uns sur les autres au fur et à mesure des rénovations. Ainsi, alternent couches de mortier, d’empierrement (petits galets) et de terre indurée. Cette observation concorde avec nos sources qui indiquent qu’à partir du XIIe siècle, cet emplacement est remblayé et nivelé lors de la construction de la cathédrale, et devient alors la cour du palais épiscopal. De nombreux tessons de céramique de cette époque ont été trouvé, mais peu comparativement à beaucoup de sites urbains. Ce n’est pas étonnant, la cour de l’évêque n’est pas un lieu de grande activité culinaire ou artisanale. En revanche de très nombreux fragments de tabletterie (travail de l’os) des XIe-XIVe s ont été mis au jour. Ces petits panneaux de placages ornaient sans doute de luxueux objets comme des coffres, des miroirs ou des peignes et cela concorde avec le statut privilégié de la cour épiscopale. Le plus beau fragment présente une inscription latine, peu compréhensible car ce n’est qu’un bout de phrase. En outre, un jeton de jeu décoré a aussi été trouvé dans les mêmes niveaux. Une autre attraction pour le public nous laisse un peu perplexe. Il s’agit d’un puits, qui n’a jamais servi à puiser de l’eau puisqu’il ne fait que 1.50 m de profondeur. Le fond est composé de grandes dalles et il est possible que ces constructeurs ignoraient leur existence avant de creuser le puits et qu’ils ont du s’arrêter à ce niveau : à moins qu’ils ne s’en soient servie pour faire un sol bien solide, mais à quoi servait ce puits ? Vous pourrez en tout cas en admirer la première assise qui est conservé dans le projet du nouveau jardin.
  • C’est sans doute vers le XIIe s, en tout cas après le IXe s que les grandes dalles d’un beau sol ont été mises en place. En effet, ces pierres ont été mises au jour juste au-dessus des niveaux de haut Moyen Age (Ve-IXe s.) mais en dessous de certains murs médiévaux. Il faut les mettre aussi en relation avec l’existence de la cour, mais c’est sans doute un des premiers états du sol car certaines de ces pierres sont des réemplois de pierres antiques, comme l’atteste l’encoche en arc de cercle de la plus grosse.
  • En dessous de ces sols et de ces murs, à plusieurs endroits, nous avons trouvé ce que les archéologues appellent « les terres noires ». Il s’agit d’une expression très large qui définit les niveaux du haut moyen age et qui sont des terres très organiques et très noires. Les fouilles de la crypte de l’hôtel du Cèdre, celles du Chevalet et de l’église de la Madeleine en avaient aussi présenté. Ce sont donc les vestiges de l’activité humaine sous les rois mérovingiens et carolingiens, aux époques où Saint Eloi vivait à Noyon et où Charlemagne est couronné roi des Francs de Neustrie (768). Avec beaucoup d’imagination, il faut comprendre que les couches brunes claires entres les couches de terres noires sont des vestiges de fond de cabane, tandis que les couches de charbon indiquent une activité humaine forte (foyer, déchets etc.). Quelques tessons de céramiques avec des décors fait à la molette confirme que ce sont des couches des Ve-VIIe siècles.


    Nous n’avons pas pu fouillé jusqu’aux niveaux gallo-romains mais ceux-ci sont beaucoup plus bas. Les terres noires peuvent parfois atteindre 2m de profondeur ! Certains regretteront que l’on s’arrêtent à ce niveau mais les travaux ne vont pas endommager ces couches et en les laissant sous terre elles restent protéger pour les archéologues du futur. Il faut cependant noter qu’en raison des grands travaux de construction de la cathédrale au XIIe siècle et des destructions de 14, la zone a souvent été bouleversée si bien que les remblais sont très épais, surtout devant le musée et qu’ils contiennent pêle-mêle des objets gallo-romains, médiévaux et des XIXe et XXe siècles.

A noter

Ainsi cette fouille a permis de mieux comprendre l’organisation du quartier épiscopale, d’entrevoir son histoire au début du Moyen Age et d’enrichir les collections du musée du Noyonnais grâce aux beaux fragments de tabletterie.