Une briqueterie du XVIIe siècle Place du Marché franc

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Les circonstances de l’opération

L’OPAC de l’Oise projette la construction de maisons individuelles et d’immeubles sur un terrain proche de la place du marché franc à Noyon, qui permettront notamment de reloger des habitants des immeubles détruits dans le Quartier St Siméon. Le service archéologique a donc réalisé un diagnostic avant ces importants travaux : des tranchées de 2m de large ont été creusées tous les 20m pour vérifier l’éventuelle présence de vestiges anciens.

Les éléments historiques connus avant l’opération archéologique

Situé dans le faubourg Saint Jacques, en périphérie sud-est de la ville médiéval, le site avait permis de récolter un mobilier très varié en surface (céramique, monnaies etc) qui montrent que le site pouvait avoir été fréquenté depuis longtemps. Cependant, on sait que cette zone était très marécageuse jusqu’au milieu du Moyen Age, donc peu favorable à des installations humaines pérennes. D’autre part, les sources et les plans ne laissaient pas penser à de possibles structures pour les XVIIIe et XIXe siècles si ce n’est quelques constructions datant du début du XIXe siècle.

Les découvertes archéologiques

Une petite activité métallurgique : Deux dépotoirs, riches en céramique et en scories, c’est-à-dire des déchets de réduction des minerais de fer, datant de la fin du Moyen Age ou du XVIe siècle indiquent la présence d’ateliers métallurgiques, mais aucune trace d’habitation ou de bâtiment n’y était associée. Il n’est pas étonnant de trouver ce genre d’activités polluantes et bruyantes en périphérie des villes, dans des zones de friche.


Des fours à briques :
Le diagnostic a surtout permis de fouiller des fours à brique. Les archives de la fabrique de la paroisse St Maurice mentionnent une briqueterie dans ce secteur en 1629. Très peu de mobilier a été trouvé en association avec le four mais il confirme cette datation, de même que les caractéristiques techniques du four ; l’absence de charbon de terre, et la présence de charbon de bois vont aussi dans ce sens. Nous avons pu établir qu’il s’agissait en fait de 2 fours (voire de 3). En effet, les bouches d’alimentation encore conservées (carneaux) n’ont pu fonctionner avec les murs existants. D’autre part, le sol rubéfié_c’est-à-dire chauffé, brûlé_ de la chambre de chauffe a conservé les traces des 2 rigoles du 1er four qui devait être orienté Nord-Ouest/Sud-Est. Nous n’en savons pas davantage sur ce premier four qui semble construit selon la même technique que le 2nd, quoiqu’il puisse s’agir d’un four traditionnel avec chambre de chauffe et de cuisson superposées et séparées par une sole.


Le deuxième four était un four dit « en meule » de type « klamp » ou « flamand », sans sole, et était orienté Nord-Est/Sud-Ouest, entraînant la destruction presque totale du 1er four. Les arches d’alimentation n’étaient pas conservées et on ne pouvait que deviner l’espace de la chambre de chauffe, avec 2 fosses dont la fonction est inconnue. Il ne restait que la chambre de cuisson mesurant 6,30 m sur 5,30 m. Ses parois en briques très dures et rouges étaient conservées sur 0,80m de hauteur. Trois traces de rigoles étaient bien visibles sur le sol et remplis de cendres et de débris de briques. On devine la séparation entre la chambre de chauffe et la chambre de cuisson matérialisée par deux petites avancées en brique. Le remplissage des 2 chambres étaient très uniformes, composé de terre rubéfié, rouge, grise ou noire et de fragments de briques, des ratés de cuisson dont certains étaient fissurées, déformés et d’autres vitrifiés.

Le diagnostic n’a mis au jour aucune structure annexe liée à cette briqueterie : abris, hangar de séchage ou fosse d’extraction. Cependant, un puits maçonné de pierre calcaire bien dressées se situait à une vingtaine de mètre du four et pourrait être lié à son fonctionnement ; rien ne permettait d’en être sûr car son remplissage sableux était complètement uniforme et stérile. Le limon environnant est en outre propice à la fabrication de brique. Enfin, nous n’avons pas pu établir la durée d’utilisation de ces deux fours qui ne semblent pas liés à un chantier particulier.

Fonctionnement des fours : En effet, les fours à briques n’étaient souvent que des structures temporaires ne servant qu’à une seule cuisson. Mais une fournée pouvait permettre de cuire jusqu’à 200 000 briques d’un seul coup ! D’après les calculs, le four 2 de Noyon permettait de faire cuire 40 000 briques.

Les cuissons avaient lieu l’été. On préparait les briques avant l’hiver : le limon étaient prélevé, travaillé avec de l’eau et des ajouts selon la qualité de la terre (paille, sable) pour éviter que la terre ne se brise en chauffant. On le laissait reposer tout l’hiver puis les briques étaient formées avec des moules à la taille voulue : les nôtres mesurent 22 x 11 x 6 cm, ce qui est un gabarit classique. Après séchage, les briques étaient placées dans le four en rangées superposées les unes sur les autres, formant une structure de plusieurs mètres de haut. On plaçait du charbon ou du bois entre les rangées de briques et on y mettait le feu. Des canaux étaient ménagés entre les rangées (2 pour le four 1, 3 pour le four 2) afin de permettre à la chaleur de se propager. La cuisson durait plusieurs semaines, avec un feu fort au début et doux en fin de cuisson.

On reconnaît des briques bien cuites à leur couleur rouge et au son sonore qu’elles font en les frappant. Les briques pas assez cuites s’effritent et donnent un son lourd ; les briques trop cuites son fissurées ou vitrifiées (à l’image de celles découvertes ci-contre) avec des couleurs bleues et violettes.