Voie communale n°14 de la RD1032 à Larbroye

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La circonstance de la découverte

Lors de travaux d’élargissement de la voirie sur la voie communale n°14 allant de la RD 1032 à Larbroye début 2009, la pelle mécanique a décapé une partie d’une sépulture. Alerté par un riverain, le SRA a consulté le service archéologique de Noyon qui s’est rendu sur place pour dégager ce qu’il restait de la sépulture.

Le contexte

La sépulture se trouvait dans le talus de la route à environ 0,40m de profondeur. La pelle avait décapé plus de la moitié du squelette et les ossements se trouvaient dans une décharge de terre sous plusieurs m3 de remblai si bien qu’il n’ a pas été possible de faire des recherches supplémentaires. Les limites de la sépulture n’étaient pas très claires : on ne sait pas si une fosse a été creusée. Comme nous nous y attendions, les alentours étaient vierges de vestiges. Des restes d’obus explosés, fragments de fer très dense et très oxydés ont été trouvés mais ils ne semblaient pas en place, déjà bouleversés par le premier passage de la pelle. Ils sont bien sûr liés aux combats de 1918 mais rien ne permettait d’affirmer que l’obus était en partie responsable de la mort de l’individu.

Vue aérienne du Mont-Renaud en 1918. Les pointillés symbolisent les premières lignes allemandes (en bas) et françaises (en haut). Dans le coin haut gauche, on voit la voie n°14 qui part de la RN 32 vers Larbroye.


Le squelette

Le corps reposait en decubitus, c’est-à-dire sur le dos, le bras gauche légèrement ramené sur le corps. Il ne restait que les os du bras gauche, la clavicule, l’omoplate, quelques côtes, une partie du fémur gauche et les os arrières du crâne. Il se peut que le corps ait été déplacé, mais il a aussi bien pu tomber dans cette position sur le champ de bataille. L’état de conservation des ossements est globalement bon si l’on fait abstraction des dégâts causés par la pelle. Aucune trace de traumatisme, blessure ou maladie, cause de la mort, n’a été relevée. Les ossements ne sont pas assez bien conservés pour que l’on ait pu faire une étude relative au sexe et à l’âge de l’individu qui est cependant certainement un homme âgé de 18 à 40 ans puisqu’il s’agit d’un soldat, comme nous allons le voir plus bas.










Le mobilier associé

Un soldat. Un allemand ? Sur la cage thoracique, 2 cartouchières ont été trouvée. Il s’agissait de poches en cuir très épais et solide rivetées et pourvues de lanières. Elles contenaient encore des munitions.

Nous en tirons donc plusieurs conclusions :

1. Il s’agit bien d’un soldat ; il était armé et donc en situation de combat.

2. Les cartouches sont des balles de type Mauser, allemandes, utilisées par l’armée depuis 1898. Le soldat pourrait donc logiquement être allemand.

3. Le type de balle atteste qu’il s’agit d’un soldat de la Première Guerre Mondiale.

Aucun autre élément d’uniforme (bouton, ceinturon, chaussures, casque etc.) ou d’armement (fusil, couteau etc.) n’a été trouvé, ni la plaque d’identité. La nationalité des balles est un indice mince pour affirmer assurément que le soldat était allemand : en effet, il se peut qu’un Français ou un allié ait récupéré ces munitions sur un soldat allemand mort. Cependant la probabilité de la nationalité allemande reste plus forte.

Des effets personnels trop impersonnels

En plus de ses effets de soldats, des objets personnels et des restes de vêtements ont été conservés.

1. Un petit étui en cuir fin très abîmé qui contenait un peigne noir. L’étui contenait des débris de verre : il n’est pas impossible qu’un miroir s’y trouvait aussi.

2. Une boîte en métal cuivreux finement ouvragée en relief avec des motifs géométriques et végétaux. Un système qui fonctionnait presque encore permettait de l’ouvrir en appuyant sur une petite lame. Il s’agissait d’un étui à cigarette (élastique pour les tenir) mais la boîte était vide (ci-contre).

3. Un objet en fer oxydé formé d’une tige droite et d’une boucle est certainement un ouvre-boîte, moins probablement un tire-bouchon.

4. Des restes de tissu probablement de la laine, de couleur noire mais qui ont pu être d’une autre teinte. Des lanières en cuir dont le rôle n’a pas été bien compris. Aucun indice ne permettait de connaître la nationalité de l’uniforme. Il s’agit donc d’effets personnels tout à fait courants et qui ne nous ont rien appris sur l’identité du soldat ni sur sa nationalité. D’autre part, ces objets ne nous apprennent rien sur l’origine sociale de cet individu ; peigne, boîte à cigarette et ouvre-boîte ne sont pas des marqueurs sociaux ni régionaux.

Le mobilier associé indirectement

Il s’agit essentiellement d’une balle en alliage cuivreux sans sa douille qui a été retrouvé autour de la partie haute du squelette. Or il s’agit d’une balle française et il était donc tentant de penser que si le soldat était allemand elle pourrait être de « l’arme du crime ». Ce scénario, presque trop parfait, est plausible mais impossible à prouver vu l’état du squelette et les incertitudes qui entourent la position des objets causées par le décapage.

A la vue du déroulement des événements militaires autour de Noyon, on peut donc considérer qu’il y a de fortes chances pour que le soldat mis au jour ait été tué entre le 26 mars et le 1er septembre 1918 et qu’il ait été allemand : on ne peut donc pas dire qu’il s’agit d’un poilu comme la presse l’a fait un peu trop vite (« poilus » étant le surnom des soldats français). Le SESMA (Service d’entretien des sépultures militaires allemandes) a donc été contacté, en accord avec la gendarmerie et c’est cette institution qui a la charge de conserver les ossements et le mobilier après l’étude par le service archéologique. Le soldat sera donc enterré dignement au cimetière militaire allemand de Neuville-Saint Vaast (59).